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Le 27 Avril 2003

  Paru sur Le Matin d'Algérie
  Enquête sur le GSPC à Boumerdès
CHAPITRE 1
Au commencement était Khemis El Khechna
 
  Hassan Hattab, alias Abou Hamza, le fondateur du GSPC, a basculé dans le terrorisme au sein du Mouvement pour l'Etat islamique (MEI) créé en février 1992 par Saïd Makhloufi, lui-même prenant comme refuge la région de Khemis El Khechna. Néanmoins, ses premiers pas dans le terrorisme, il les doit à son cousin paternel, Mouloud, alias Abdelkader, que les amis d'enfance appelaient Tonio, lui-même un rescapé du MIA de Bouyali des années 1980. C'est par lui que Hassan et ses quatre autres frères, Ali (abattu en 1993), Toufik (abattu en 1994), Zoheir (abattu en 1995), Djamel (abattu en 1995) ont franchi le pas qui a fait de leur famille l'une des plus sanguinaires qu'a connue le terrorisme islamiste en Algérie. Même le fils de Djamel (l'aîné des frères), prénommé Mustapha, malgré son jeune âge, n'a pas hésité à suivre l'exemple de ses oncles. Il sera abattu lui aussi, en 1996, à 23 ans. Jusqu'à ce jour, d'autres membres de la famille Hattab continuent à sévir au sein du GSPC sans compter les parents par alliance, beaux-frères, etc. Mouloud Hattab, qui avait rejoint le sinistre groupe d'El Hidjra wa Takfir, a été tué par un groupe rival en 1994. Cette même année, Hassan Hattab avait rejoint le GIA dirigé alors par Cherif Gouasmi, alias Abou Abdellah Ahmed, à la faveur du pacte de l'« unification des rangs » auquel ont adhéré le FIS dirigé par Mohamed Saïd, Abderrezak Redjam et le MEI.
Ce ralliement ne tardera pas à valoir à Hassan Hattab une « promotion » qui fera de lui l'« émir » de katibat El Feth avec comme base la région de Khemis El Khechna, au sud-ouest de la wilaya de Boumerdès, donnant à la fois sur la wilaya d'Alger et celles de Blida et Bouira. Les renforts dont a bénéficié le GIA, à la suite de l'adhésion en son sein des troupes de Mohamed Saïd et Saïd Makhloufi, l'a poussé à une totale réorganisation de ses structures. Jusque-là, le territoire national était subdivisé en quatre zones. Elles seront désormais neuf. Et Hassan Hattab ne tardera pas à se voir désigné par le nouvel « émir » du GIA, Djamel Zitouni, alias Abou Abderrahmane Amine, en juin 1995, à la tête de la « zone 2 », en remplacement de Mohamed Halisse, alias Abou Talha El Djanoubi, qui a été « muté » à la tête de la « zone 4 » (région de Jijel). Mais avant d'en arriver là, Hassan Hattab a d'abord été « émir jound » (chef de « bataillon »), regroupant trois katibates, en l'occurrence El Feth, El Qods et El Ansar. On saura par la suite que ce jound avait pour nom El I'tissam.
A partir de cette période (l'été 1995), le futur chef du GSPC mettra les bouchées doubles pour organiser la « zone 2 », selon un schéma rigoureux. Il s'attache particulièrement à faire surtout de Boumerdès une véritable place forte du terrorisme qui lui permettrait, le moment venu, de programmer des incursions ou même une avancée vers la capitale qui demeure pour lui un enjeu de premier ordre, à la fois pour s'imposer face au GIA, qui y avait une forte présence et provoquer des troubles rentables sur le plan médiatique. Ce travail de structuration a fait que la wilaya est la seule au niveau national, toute organisation terroriste confondue, où sont présentes, jusqu'à ce jour, pas moins de cinq katibates. Partout ailleurs, dans le reste du pays, dans le meilleur des cas, il n'existe que très rarement plus de deux katibates, représentant souvent des organisations terroristes différentes. Cette concentration de « troupes » dans une wilaya parmi les plus petites du pays, tant par la superficie que par le nombre d'habitants, aussi bien au sein de la Kabylie qu'au niveau du territoire national, s'explique, en plus de la proximité d'Alger, par le nombre relativement important de terroristes qui y ont pu être recrutés. Il faut dire que le FIS, durant sa période légale, et avant lui, dans une moindre mesure le MIA, n'ont pas lésiné en matière d'investissement dans les thèses djihadiques. Les premiers chefs terroristes qui seront à l'origine des tentatives de la mise à feu et à sang du pays sont originaires de cette wilaya. Aussi bien Mansouri Meliani, le fondateur des premiers groupes terroristes qui constitueront le GIA, que Abdelkader Chebouti, dont l'organisation terroriste qu'il a créée en 1991 sera l'ancêtre de l'AIS (bras armé du FIS), sont originaires de cette wilaya même si la commune natale de ce dernier a été versée plus tard à la wilaya d'Alger après un découpage administratif.

Rupture avec le GIA
Pour établir solidement son « autorité » sur les groupes terroristes dont il avait le contrôle, Hattab a commencé à mener une fronde pour se débarrasser de Zitouni. Au départ, elle était timide et se limitait à la diffusion de communiqués pour se démarquer de certaines actions du GIA mais tout en continuant à se réclamer de cette organisation. Comparativement à d'autres dissidents durant cette même période, comme Kada Benchiha à Sidi Bel Abbès ou Ali Benhadjar et Abdelkader Souane à Médéa, qui ont connu une véritable guère sanglante contre les partisans de Zitouni, les fidèles de Hattab ne connaîtront pas d'« expéditions punitives ». Cependant, par rapport à ces dissidents, il a été celui qui a tout tenté pour se limiter à renverser Zitouni sans penser à quitter lui-même le GIA. Ce ne sera que lorsqu'il fut convaincu qu'il ne parviendra jamais à ce résultat qu'il a fini par rejoindre l'avis de Okkacha El Para qui, dès le début, prônait l'assassinat pur et simple de l'« émir » du GIA.
Ce « complot » contre Zitouni a été mené par Hattab et ceux qui se sont ralliés à lui à partir de Khemis El Khechna. C'est là qu'il rencontrait dans des réunions successives Abderrezak El Para, Okkacha El Para, Miloud Habbi ou l'« émir » de katibat El Feth qui leur offrait le gîte. Plus tard, le GIA le fera savoir par un enregistrement sur cassette audio reprenant les « aveux » d'un terroriste qui participait à ses réunions. Mais parallèlement à ces « manuvres » qui se tramaient contre Zitouni en ce début 1996, une opération en profondeur était menée à l'étranger dont très peu de chose a été dévoilé jusqu'à présent. Des informations recoupées (services de sécurité algériens et repentis) font état d'un émissaire algérien d'une trentaine d'année, envoyé à Hattab par l'un des dirigeants d'Al Qaïda installé à Londres, le Palestino-Jordanien Othmane Omar Mahmoud, plus connu sous le nom d'Abou Koutada qui était déjà en relation avec l'un des futurs dirigeants du GSPC, Abdelmadjid Dichou, alias Abou Mos'âb, lui-même ancienne figure de l'ex-FIS à Bordj Ménaïel (Boumerdès). Abou Koutada, qui avait été jusque-là un relais important du GIA à l'étranger, a annoncé par communiqué le 6 juin 1996 (plus d'un mois avant la liquidation de Zitouni), se démarquer de cette organisation, et selon les mêmes sources, il a recommandé à Dichou d'abandonner le sigle du GIA.
Ce projet de liquidation de Zitouni a pu aboutir du fait qu'il était également partagé par d'autres groupes dissidents dans le centre du pays, Médéa notamment, appartenant souvent au courant de la Djaz'ara et dont certains faisaient le déplacement pour participer aux « rencontres de Khemis El Khechna » avec Hattab et ses partisans. Les efforts des uns et des autres ont abouti à l'assassinat de Zitouni, en juillet 1996. Cela valut à Hattab de récupérer un lot important d'armes de guerre dont disposaient les accompagnateurs de Zitouni quand ils sont tombés dans le guet-apens qui leur fut tendu. Cet armement est transféré dans la région de Khemis El Khechna, dans la wilaya de Boumerdès. Néanmoins, contrairement aux autres dissidents du GIA, Hattab ne va pas se précipiter d'annoncer sa scission et la création de sa nouvelle organisation. Il continuera jusqu'à septembre 1998 à signer ses communiqués au nom de la « zone 2 » du GIA. Mais dans les faits, à cette date, il était déjà autonome. Il avait même déjà mis en place dans plusieurs wilayas de l'est du pays les structures de ce qui allait être le GSPC en privilégiant particulièrement la « zone 2 » dont il se sert comme « quartier général » et surtout la wilaya de Boumerdès pour sa proximité de la capitale. Aucune région de cette wilaya ne sera négligée.

Mohamed Hissami.

Suite : CHAPITRE 2 - La toile d'araignée terroriste

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