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D O C U M E N T S
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Le 28 Avril 2003 |
| Paru sur Le Matin d'Algérie | |
| Enquête sur le GSPC à Boumerdès CHAPITRE 2 La toile d'araignée terroriste |
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| La réorganisation en profondeur du terrorisme dans la wilaya de Boumerdès est devenue plus rigoureuse à partir de juin 1995 quand Hattab est désigné comme seul maître à bord pour l'ensemble de la « zone 2 ». Elle est poussée à plus de performance au moment où sa rupture avec le GIA est définitivement consommée et où la création du GSPC est annoncée en septembre 1998, bénéficiant d'une partie importante des réseaux de soutien à partir de l'étranger qui avaient appartenu au GIA et qui l'ont quitté en réprobation de l'orientation « déviante » de Zitouni. Ces derniers ont souvent suivi l'exemple même des patrons d'Al Qaïda, notamment Abou Hamza El Misri, installé à Londres. Lui-même a emboîté le pas au principal bras droit de Ben Laden et chef du Djihad islamique égyptien, Ayman Edh Dhawahiri, qui s'est fait une idée précise des positions de Zitouni après un échange de correspondances, lesquelles seront d'ailleurs publiées dans des bulletins clandestins du GIA, notamment El Djama'â, dans le but de démontrer les « déviations » doctrinales de Dhawahiri par rapport à la « fidélité » de Zitouni aux textes sacrés. C'est fort de l'appui idéologique de ces proches et dirigeants d'Al Qaïda qui se traduira peu à peu, à partir de janvier 1998, par une relation organique que Hattab va tenter de consolider et élargir les bases de sa nouvelle organisation criminelle. De toutes les organisations terroristes qui ont été créées en Algérie, le GSPC est celui qui s'est donné tout le temps qu'il fallait pour mettre en place les structures nécessaires tout en affinant, à la fois, aussi bien les bases idéologiques que les formes de l'action armée ou la manière d'organiser les groupes terroristes. Quand au mois de janvier 1998 le GSPC est déjà représenté à Peshawar (Pakistan) dans la réunion constitutive du « Front islamique mondial pour le djihad contre les juifs et les croisés », créé sur initiative de Ben Laden, il est fin prêt pour agir de manière totalement autonome du GIA mais il se gardera d'annoncer officiellement sa constitution. Il ne le fera que près de dix mois plus tard, une fois que tous les relais à l'étranger dont il avait besoin furent organisés. C'est en ce sens que le travail d'organisation de ce que sera le GSPC ne s'est pas limité à une structuration des groupes terroristes au niveau local mais a également été accompagné par la mise en place de réseaux importants de soutien à l'étranger carrément nouveaux ou transfuges du GIA, encouragés par la prise de distance des partisans d'Al Qaïda par rapport à cette organisation. Une architecture terroriste complexe Devenu « émir » du jound El I'tissam au début de l'année 1995, Hassan Hattab va d'abord s'attacher à consolider la présence des groupes qui lui étaient fidèles dans la région de Khemis El Khechna où était basée katibat El Feth qu'il a dirigée jusque-là et à la tête de laquelle il désigne Mohamed Seghir Tsala, alias Yahia, originaire de Boudouaou. Cette même katibat, qui se donne la prétention d'agir vers l'est de la Mitidja (région de Meftah), est soutenue par katibat El Qods, elle aussi basée à Khemis El Khechna, plus exactement dans la région forestière de Ghabet Es Sabaâ, mais agissant en direction de la zone ouest de la wilaya d'Alger (Rouiba, Aïn Taya). La troisième katibat, El Ansar, qui était liée au jound de Hattab, restait présente dans l'extrême est de la wilaya de Boumerdès. Mais dès sa désignation à la tête de la « zone 2 », il va s'attacher à appliquer avec un zèle effréné le nouvel organigramme du GIA, conçu par Gouasmi et reconduit par Zitouni. Le résultat est que Boumerdès va devenir l'une des wilayas la plus quadrillée par des groupes terroristes, quasiment commune par commune. Il réorganisera de fond en comble la wilaya, créant de nouvelles katibate, rebaptisant d'autres d'un nouveau nom, permutant des « émirs », désignant des nouveaux. Il s'ensuivit un grand cafouillis d'enchevêtrement de groupes et de noms où il n'est pas toujours facile de se retrouver pour savoir qui est qui et qui a remplacé qui, surtout que même rebaptisés, les groupes continuaient à se faire désigner indifféremment de leurs anciens et nouveaux noms. Et ce qui complique les choses, c'est que les groupes qui forment des katibate portent eux aussi des noms qui sont parfois les mêmes que certaines katibate connues dans le reste du pays, si bien que l'on ne sait plus si l'on a affaire à un groupe parmi d'autres d'une katibat ou s'il s'agit d'une katibat. Ce ne sera que progressivement que les choses se clarifieront quelque peu, permettant enfin de dresser une carte du GSPC conforme à la réalité du terrain. Néanmoins, ce qui est certain, c'est que très vite a apparu, après l'arrivée de Hattab à la tête de la « zone 2 », un nouveau jound dénommé El-Ahd. Mais aussi nouveau qu'il paraît, il regroupe en fait la katibat El Feth qui est détachée du jound El I'tissam, katibat Abou Bakr Es-Seddik qui n'est autre que l'ancienne katibat El Qods, et une nouvelle katibat portant le nom de Khaled Ibn El Walid. Ce nouveau jound se voit désigner à sa tête Mohamed Djemati, alias Abdellah El Mir, originaire de Khemis El Khechna. La nouvelle katibat Khaled Ibn El Walid, quant à elle, est chargée, dans un premier temps, d'appuyer et de prolonger l'action d'El Feth et de l'ex-El Qods vers le centre de la wilaya de Boumerdès, dans la région de Larbaâtache jusqu'à Tidjelabine et Corso. Le reste de la wilaya est placé sous la férule de katibat El Ansar à l'Est et El-Arqem dans la partie centrale, entre Zemmouri et Ammal, en passant par Thénia et Béni Amrane. Toutes ces katibate sont elles-mêmes divisées en groupes restreints et hiérarchisés, chargés d'agir dans des lieux précis éparpillés à travers l'ensemble du territoire de la wilaya, appuyés par des réseaux de soutien qui interviennent à différents niveaux en matière d'aide logistique, de collecte de fonds et de renseignement. Un fidèle à la tête de la « zone 2 » La toile d'araignée terroriste tissée ainsi par les groupes terroristes de bout en bout de la wilaya de Boumerdès est consolidée par katibat El Forkane qui, bien que basée dans le nord-ouest de la wilaya de Bouira, est appelée à procéder à des incursions dans le sud-est de Boumerdès pour soutenir El Ansar afin qu'elle puisse être plus présente dans le nord, tout au long du littoral. Ce qui dénote l'importance pour le GSPC de renforcer sa présence dans cette wilaya par rapport à toutes les autres où il a pu se faire rallier par des groupes du GIA, notamment la « zone 4 » (Batna) et la « zone 6 » (Jijel), à la suite de la grande tournée effectuée par Abderrezak El Para qui l'a mené jusqu'à Tébessa, au lendemain de l'assassinat de Zitouni, accompagné par un groupe d'une demi-douzaine d'« Afghans ». A cela, il faudrait ajouter le « coup de main » de katibat En Nour de Tizi Ouzou basée dans le mont forestier de Sidi Ali Bounab, à la limite orientale avec Boumerdès, qui se rend toujours disponible pour prêter assistance à El Ansar, notamment lors de ses opérations de replis. Cette « coopération » des katibate de Bouira et de Tizi Ouzou pour maintenir la pression sur Boumerdès, Hattab la doit à la fidélité de Abdelhamid Saâdaoui, issu de katibat El Ansar, qu'il a choisi comme « émir de la zone 2 » dès la création du GIA. Originaire de la commune de Bordj Ménaïel (Boumerdès), où il était connu comme trabendiste, cet ancien militant de l'ex-FIS, né en 1966, a basculé dans le terrorisme en 1994 en même temps, comme Hattab, que quatre membres de sa famille (deux frères et deux cousins), dont il ne reste aujourd'hui qu'un seul, les autres ayant été abattus avant 1998. Il a été l'« émir » de la katibat El Ansar au moment où Hattab, dont il est l'aîné de deux mois, était à la tête de celle d'El Feth. La fidélité de Abdelhamid Saâdaoui, alias Abou Yahia, alias Abou El Heythem (désigné parfois sous le nom de Yahia Abou El Heythem), en tant qu'« émir » de la « zone 2 » a permis jusque-là une cohésion remarquée des groupes terroristes locaux, rarement constatée ailleurs, même s'il y a eu pendant assez longtemps des désaccords sérieux à Bouira entre katibat El Forqane (nord-ouest de la wilaya) et El Houda (Nord-Est). Néanmoins, cette « fidélité » vis-à-vis de Hattab a commencé à connaître les premiers craquements en 2001 quand Saâdaoui a protesté contre un « favoritisme » de son chef en direction de certains « émirs » qui ne sont pas issus de la « daâwa » (entendre de l'ex-FIS, mosquées, « Afghans ») aux dépens de ses derniers. Cette « première » brouille, qui a été oubliée, a repris depuis le début de l'année en cours au point qu'il en est fait état par les terroristes « repentis » où arrêtés. Ce qui signifie qu'elle est sortie du cadre restreint du staff dirigeant. Il s'agit peut-être là d'un point faible du GSPC. Car loin de traduire un simple « régime de faveurs » ou de jalousie entre terroristes, cette question pourrait être en relation - au moment où la relation entre le GSPC et Al Qaïda revient au devant de la scène (depuis le 11 septembre) - avec le désir de ceux de la « daâwa » de se faire prévaloir plus que d'autres pour s'affirmer par leurs antécédents. Ce qui évidemment ne va pas plaire aux autres qui n'ont plus rien à prouver. Cependant, pour le moment, le GSPC de la « zone 2 », de par sa conduite d'une main de fer par Saâdaoui, est en train de jouer son va-tout en mettant tout son poids, en priorité sur la wilaya de Boumerdès où depuis le début de l'année en cours il ne cesse de perdre du terrain en face de l'offensive des forces de sécurité. Jusque-là, malgré les pertes, notamment au sein des réseaux de soutien et des « émirs » locaux, il n'a encore rien perdu de ses capacités de nuisance et arrive même à puiser dans ses forces pour renouveler systématiquement la direction des groupes décapités. Mohamed Hissami. Suite : CHAPITRE 3 - Les cinq katibate de Boumerdès (à venir) |
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