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Le 30 Avril 2003

  Paru sur Le Matin d'Algérie
  Enquête sur le GSPC à Boumerdès
CHAPITRE 3
Cinq katibate pour semer la mort
 
  Lu moment où la création du GSPC est officiellement annoncée le 14 septembre 1998, la wilaya de Boumerdès compte déjà cinq katibate, toutes dissidentes du GIA et ralliées à Hassan Hattab alias Abou Hamza, fondateur de cette nouvelle organisation terroriste. La plus importante parmi ces katibate est celle dénommée El Ansar, basée dans la partie est de la wilaya. Elle couvrait à elle seule près de la moitié du territoire de la wilaya, de la partie nord de la commune de Chabet El Ameur jusqu'à celle de Zemmouri sur le littoral, et de là vers la limite avec la wilaya de Tizi Ouzou. Ses effectifs étaient alors estimés à plus de 160 terroristes.
A cette époque, elle avait pour « émir » Djamel Harfouchi, alias Lyès, un Algérois de Hussein Dey où il est né en 1971. Il a été abattu lors d'un ratissage particulièrement éprouvant qui a duré plusieurs semaines au printemps 2002.
Cet « émir » de sinistre mémoire a lui-même hérité des hordes d'El Ansar dont les toutes premières qui constituent le noyau dur actuel de cette katibat avaient été encadrées et endoctrinées avant même de basculer dans le terrorisme par un fanatique des plus obscurantistes du FIS dissous, Mohamed Arezki Houmil alias El Khomeini, qui s'est particulièrement fait remarquer lors de la grève insurrectionnelle du parti intégriste dissous en mai-juin 1991.
Ancien bouyaliste, condamné en 1985, il était alors le « prédicateur » le plus en vue dans la wilaya de Boumerdès dont il a été le président de l'APW/FIS. Sa « renommée » l'a mené à la mosquée Ben-Badis de Kouba pour remplacer Ali Benhadj. Il est de ceux qui n'ont pas attendu l'interruption du processus électoral pour prendre prétexte à prôner le djihad. C'est lui qui, lors de cette « grève », jurait que « la première balle partirait de (sa) mosquée ». Ce qui lui a valu, parmi les siens, le surnom d'« imam cascadeur ».
Comme Hattab, Houmil a été dès le début auprès de Saïd Makhloufi. Il est même cofondateur avec lui et Abdelkader Chebouti, cet autre bouyaliste, de la première organisation terroriste du FIS dissous, le Mouvement pour l'Etat islamique (MEI), qui deviendra plus tard l'AIS où Hattab a fait avec eux ses premiers pas de terroriste.
Plus, il est même celui qui en signait les communiqués. Néanmoins, il n'aura pas l'occasion d'intégrer, comme ceux qu'il a menés à l'abattoir parmi les enfants de Boumerdès, la katibat El Ansar. Il est abattu en septembre 1993, soit avant la fusion du MEI au sein du GIA. Ce sera Harfouchi qui en prendra la tête jusqu'à sa mort, il y a une année.
Depuis, la katibat est dirigée par Abbas Boubakeur (ou Abbas Abou Bakr, selon les sources), alias Selmane, orginaire de Sidi Daoud (Boumerdès), où il est né il y a près de quarante ans.

La katibat du « Koweït »
Katibat El Ansar est considérée, à juste titre, comme le fer de lance de la « zone 2 ». Ce qui la particularise des autres groupes terroristes, ce ne sont pas ses actes sanguinaires, mais le rôle qu'elle a joué et qu'elle joue toujours pour amasser un « trésor de guerre » tout en semant la terreur parmi les agriculteurs de la partie orientale de la wilaya de Boumerdès.
L'« impôt religieux » qu'elle leur soutire dans ces terres connues pour leurs riches vignobles est tellement faramineux, se chiffrant annuellement à des milliards, poussant ses propres terroristes à baptiser cette région du nom de « Koweït ». Aussi la jonction qu'elle a opérée dans les milieux mafieux, qui ont ravagé durant des années le littoral est de la wilaya en extrayant frauduleusement du sable revendu comme matériau de construction à qui elle assurait la protection, a fait la singularité de cette katibat. Cependant, particulièrement ces deux dernières années, elle a connu une sérieuse saignée dans ses rangs sous les coups successifs des forces de sécurité.
De nombreux terroristes de chefs de groupes locaux dans différentes communes ont été abattus. Aujourd'hui, elle n'est réduite à agir que sous forme de petits groupes très mobiles obligés de faire dans le spectaculaire pour frapper les esprits et montrer une force de frappe de moins en moins évidente même si elle reste meurtrière.
Ces groupes, même déstabilisés, restent très structurés. La katibat est encore l'une des rares au niveau national à être constituée de fassilat, une structure organique intermédiaire entre la katibat et les groupes (seriate) qui la constituent.
Elle en compte deux, actuellement : la fassilat dit El Ouadit, conduite par Lyès Saâdaoui alias Houdheyfa, formée par le groupe de Bordj Ménaïel dirigé par Mourad Louzaï, alias Nouh, et celui des Issers, à sa tête Hachemi, alias Souheib.
La deuxième fassilat dite de Bounab dont l'« émir » est un alias Abou Talha, est formée de quatre groupes. Celui de Sahel Boubarek dans la région de Sidi Daoud qui a pour « émir » Aïssa Boucenna, alias Guergat secondé par Khalifa Ouarab, alias Akrima.

Les autres katibate de Boumerdès
La partie centrale de la wilaya, tout autour de la commune de Thénia vers Zemmouri à l'Est et Corso à l'Ouest, est sous la férule de la katibat El Arqem. Au moment où le GSPC est apparu, elle était dirigée par Boualem Hamza, alias Yacine, originaire de Béni Amrane (Boumerdès) en 1969, lui aussi ancien militant du FIS et parmi les premiers à rejoindre le maquis en 1992 en même temps que d'autres proches parents.
Paradoxalement cette katibat dont le « territoire » encadre le chef-lieu de wilaya est celle qui a toujours été la plus réduite en matière d'effectifs malgré le « prestige » de son « émir » considéré comme l'un des plus proches de Hattab. Il est vrai qu'elle a dû développer une tactique particulière sous les coups qu'elle a systématiquement reçus chaque fois qu'elle tente de reconstituer ses forces afin de pénétrer au cur de la ville de Boumerdès.
Quasiment décimée en 1995 où elle comptait quelque 150 terroristes, elle est sans doute celle qui a connu le plus de « repentis », notamment dans la région de Thénia, qui ont dû déposer les armes. Boualem Hamza a lui-même été assassiné, à la fin de l'année 2000, par ses propres « gardes du corps » avant leur reddition, selon leur propres déclarations. A sa mort, la katibat a été reprise par Djamel Nich, alias Abou Samah, un ancien électricien auto, originaire de Béni Amrane qui est son « émir » actuel, secondé par Djamel Boudib.
Ce qui reste de la katibat (environ une quarantaine de terroristes) est constitué actuellement de trois groupes. Celui de Thénia dirigé par Rabah Dramchi (ou Deramchi), celui de la région de Ouled Ali sur les hauteurs de la commune de Legata et à proximité de Zemmouri, mené par Mohamed Boudjemaâ, et enfin celui de la forêt de Djerrah, plus au Sud vers la commune de Ammal, sous la responsabilité de Abderrezak Sersoub alias Abdeldjebar, et qui est considérée depuis toujours comme le refuge principal d'El Arqem.
Plus à l'ouest de la région où sévit El Arqem, est présente katibat El Feth. Elle sévit, aujourd'hui, à travers trois groupes importants à partir du mont Bouzegza.
Le premier, dit le groupe de la région de Keddara, portant le nom de Ghorabat, est dirigé par Kamel Bourihat.
L'autre groupe, dénommé Chouhada, sévissant dans la région de Boudouaou, sans négliger des incursions, parfois, sur Boumerdès-ville, a à sa tête Omar Bentitraoui, alias Yahia.
Le troisième portant le nom de El Iqdam se charge de sévir jusqu'à l'est de la wilaya d'Alger (axe Rouiba-Aïn Taya) en passant par Ouled Hadjadj et Boudouaou El Bahri. D'ailleurs, ce groupe est communément appelé Haouch El Mekhfi, en référence à une localité de la commune de Ouled El Hadjadj où il s'est particulièrement distingué par ses atrocités du temps où il était affilié au GIA alors qu'il était dirigé par Belaïd Abdelkrim, alias Krimo El Farmach.
Il est relayé, au Sud, par un second groupe qui se manifeste dans la région de Khemis El Khechna en tentant de percer vers la wilaya de Blida par Meftah.
Cette katibat, lors de sa création, alors qu'elle faisait encore partie du GIA, a été placée sous la direction de Noureddine Halouane avant qu'il ne fut transféré à El Arqam, puis, plus tard, au sein du « commandement central » de la zone ; il est remplacé par Omar Chaouch, alias Abou Khaled, né en 1967, originaire d'Alger, au maquis depuis 1993.
Entre-temps, la katibat est passée durant une brève période sous la responsabilité, au début de 1995, de Hassan Hattab avant sa promotion en « émir jound » et de Mohamed Seghir Tsala, alias Yahia.
Omar Chaouch deviendra, à son tour « émir du jound El I'tissam » et s'attribue le pseudonyme de Khaled Abou El Aqwaê au lieu d'Abou Khaled qu'il a porté jusque-là. Il cède alors la place à Djamel Khaled Kebir alias Farouk, originaire de Boudouaou. A la mort de ce dernier, El Feth est reprise par Rachid Zitouni, alias Abou Imad mais que tous ses acolytes surnomment Chebouti, originaire de Reghaïa. Actuellement, la katibat est dirigée par Rezki Izza, alias Abou Djaâfar, un ancien étudiant en sciences économiques.
Les deux dernières katibate de Boumerdès sont celles portant respectivement le nom de Abou Bakr Seddik et Khaled Ibn El Walid. Elles se distinguent par leurs tentatives répétées de vouloir pénétrer dans la wilaya d'Alger.

Mohamed Hissami.

Suite : CHAPITRE 4 - Les katibate qui menacent Alger (à venir)

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