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D O C U M E N T S
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Alger, le 17 mai 2003 |
| Paru dans le Quotidien d'Oran, relayé sur le site le site quotidien-oran.com | |
| Le terrorisme est aveugle | |
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| La lutte antiterroriste, telle que menée jusque-là en Algérie et dans le monde, également. George Bush navait pas encore prononcé son discours, hier, quil était déjà démenti par les faits. Dans une déclaration à la chaîne radiodiffusée, distribuée à la presse plusieurs heures avant dêtre lue par le président américain, George Bush devait en effet faire le bilan de son action contre le terrorisme et en brandir les succès. «Jusquà maintenant, près de la moitié des principaux dirigeants dAl-Qaïda ont été capturés ou tués, et nous resterons sur la piste jusquà ce quils soient tous traduits en justice», a-t-il déclaré. «Avec la libération de lIrak et de lAfghanistan, nous avons éliminé des alliés dAl-Qaïda et coupé les sources de financement du terrorisme», a-t-il ajouté. Mais avant même que sa déclaration ne soit diffusée sur les ondes, le terrorisme, dans son aspect le plus spectaculaire, frappait de nouveau à Casablanca, la grande métropole marocaine, quatre jours après une série dattentats dans la capitale saoudienne Riyad. Les méthodes sont les mêmes, avec une série dopérations soigneusement préparées, menées pour la plupart avec des kamikazes, et les cibles portent les mêmes symboles, ceux de lOccident, dIsraël et des Etats-Unis. Les réactions sont aussi les mêmes, aussi bien au Maroc quaux Etats-Unis et dans les autres capitales arabes et occidentales. La même condamnation dactes nihilistes, frappant aveuglément, avec une recherche effrénée de boucliers pour faire face au terrorisme, mais aussi et surtout toujours le même aveuglement face à un phénomène dont on veut éliminer les conséquences sans sattaquer aux sources. Car, sil y a unanimité pour condamner le terrorisme, il ny a pas de consensus sur son analyse, encore moins sur la manière dy mettre fin. Dirigeants politiques et responsables militaires, dans le cas des pays arabes où larmée a une place prépondérante, privilégient systématiquement la manière forte, refusant de sattaquer aux véritables causes du phénomène. Les Etats-Unis en offrent lexemple le plus évident. Ils nont pas hésité à occuper militairement deux pays, lAfghanistan et lIrak, après en avoir soumis des dizaines dautres par la pression diplomatique, mais nont jamais consenti le moindre effort dans dautres directions qui apparaissent pourtant comme les plus évidentes. Le terrorisme, tel quil apparaît dans le monde arabe, se manifeste de plusieurs manières. Il y a dabord le terrorisme de résistance, celui des Palestiniens et des Libanais, dirigé contre une occupation étrangère, injuste, illégale et immorale. Cest une résistance totalement justifiée, dont les causes sont évidentes, mais auxquelles personne ne veut apporter de remède, laissant la violence comme ultime issue. Il y a eu ensuite un terrorisme plus politique, limité à un seul pays, contestant le pouvoir en place, mais qui a largement échoué. Cétait dabord une violence «de gauche», avec une consonance vaguement populiste ou panarabiste. Elle a échoué à son tour. Seul le terrorisme revendiquant la création dun Etat islamiste dans nombre de pays arabes a réussi à se maintenir, bien quil ait échoué dans ses tentatives daccéder au pouvoir. Sur cette violence relativement facile à cerner, sest greffée une autre forme de terrorisme, transnationale, avec le mythe dAl-Qaïda. Il sagit là dune sorte de terrorisme mystique, rêvant de linstauration dun khalifat qui engloberait tout le monde musulman, seule voie considérée comme capable de mettre fin aux injustices subies par le monde arabe et musulman, et symbolisées par la Palestine. Ce terrorisme dépasse le cadre étroit du nationalisme, pour ne voir dans les pays constituant la Oumma que des éléments dun ensemble dont le destin est lié. Il ne connaît pas de frontières, ne sen impose pas. Lennemi est un, et son symbole reste le duo Etats-Unis-Israël, dont les régimes arabes ne seraient que des relais dociles et impuissants. Ce terrorisme-là réunit une sorte délite des professionnels de la violence. Il a réussi à établir une jonction entre différents types didéologies islamistes, pour en structurer les pans les plus forts, ceux qui sont capables de frapper à Riyad ou à Casablanca, de trouver un financement partout dans le monde, de frapper à New-York ou Karachi et de recruter des hommes prêts à mourir dans tous les coins du globe. Envahir lAfghanistan ou arrêter des militants islamistes pour éliminer cette forme de terrorisme apparaît comme une tâche de second plan, car il dispose dun terreau, dun symbole et de conditions politiques en mesure de le perpétuer. Il est capable de survivre aux opérations militaires les plus audacieuses et les plus réussies. Il na pas de chef, pas de commandement, car toutes les victimes des injustices peuvent sy retrouver, en assurer la survie et le renouveau. Les possibilités de recrutement sont si nombreuses, les frustrations si fortes, limpasse si totale que lavenir de ce terrorisme paraît assurée. Du moins, si laveuglement actuel dans lanalyse et les solutions proposées persistent. Cela réduit la déclaration de George Bush, selon laquelle il a éliminé la moitié des éléments dAl-Qaïda, à une fanfaronnade. Car dans la seule Palestine, il y a des milliers de jeunes dont la seule ambition est de mourir en martyr. En fait, les récents attentats de Casablanca et Riyad ont montré que la lutte antiterroriste nécessite un véritable plan Marshall agissant sur deux grands volets: la démocratisation du monde arabe et lélimination des abcès de frustration, symbolisés par linjustice subie par les Palestiniens depuis un demi-siècle. Lutter contre le terrorisme apparaît comme un effort colossal, qui doit viser à donner aux Arabes et aux musulmans un sentiment de liberté chez eux, et un sentiment que le monde ne sest pas ligué pour les maintenir dans un état de soumission permanente. Ce nest même pas une question économique au sens étroit du mot, car les auteurs et organisateurs des attentats les plus spectaculaires ne sont ni pauvres, ni analphabètes: ils viennent souvent dun pays riche, lArabie Saoudite. Les grands stratèges de la lutte antiterroriste sont-ils disposés à financer cet effort ? Ils ont préféré agir sur le terrain militaire, en décidant des augmentations gigantesques des budgets de défense. Cet effort doit être accompagné ou réorienté. Il faudra également quil soit maintenu pendant une très longue période, car si la construction dune idéologie pacifique nécessite du temps, il suffit de peu de choses pour tout détruire. Les discours prononcés au lendemain de lattentant de Casablanca prouvent quon en est loin. Ils prouvent également dautres faits évidents. Personne nest à labri, et leffort doit être collectif. Il doit passer, certes, par une lutte antiterroriste dictée par lurgence, mais cette urgence implique elle-même des gestes forts, symboliques, pour désamorcer des bombes déjà en place et permettre une solidarité étatique, institutionnelle et citoyenne. Pour le cas du Maroc, il suffit de rappeler que les frontières sont fermées et le visa obligatoire pour se rendre compte de lénorme fossé qui empêche les Algériens dêtre solidaires du Maroc dans cette épreuve, et qui a empêché les Marocains dêtre solidaires de lAlgérie en dautres moments. Abed Charef |
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