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Alger, le 21 mai 2003

  Paru dans La Tribune, relayé sur le site le site de latribune-online.com
  Le professeur Jeremy Keenan : «Les pilleurs allemands sont les mieux organisés et les plus dangereux»
 
  De retour de Tamanrasset, l’anthropologue anglais Jeremy Keenan a fait une halte à Alger, une halte que nous avons mise à profit pour le rencontrer. L’entretien devait tourner autour du dernier livre du professeur, The Lesser Gods of the Sahara qui traite des problèmes de conservation et de protection du patrimoine du Sud et des richesses archéologiques du Tassili N’Ajjer et de l’Ahaggar. Scientifiquement, le sujet traité est d’une importance avérée.
Mais au-delà de la valeur et de l’intérêt scientifiques, l’importance du sujet et l’urgence de la protection et de la préservation sont accrues par le péril attesté menaçant le devenir de ce patrimoine archéologique et culturel. Ce patrimoine est devenu la cible privilégiée des pilleurs d’antiquités étrangers qui viennent «se servir» impunément dans les sites archéologiques du Sud. Au vu et au su de tous, y compris les autorités algériennes, les pièces volées sont proposées à la vente sur des sites internet.
La valeur scientifique et l’imminence du danger pesant sur le patrimoine algérien mises en exergue par le livre de Keenan n’ont pas tardé à attirer l’attention tant des scientifiques, des politiques que des médias. D’autant plus qu’il coïncide avec une disparition-réapparition de touristes étrangers qui n’a pas encore livré tous ses secrets.
L’entretien avec Jeremy Keenan s’imposait ainsi de lui-même. Il s’agissait de tenter de cerner le problème de la préservation, de la protection et du pillage du patrimoine archéologique en se basant sur les données collectées sur le terrain par le spécialiste qu’est Jeremy Keenan. Le professeur a accepté de nous accorder, hier à l’hôtel El Djazaïr, un entretien exclusif (à paraître dans l’édition de demain) pour dire à l’opinion publique algérienne et du monde la valeur de notre patrimoine archéologique et les dangers qui le menacent.
«C’est la seule richesse qui subsistera pour les gens du Sud quand le pétrole sera épuisé», dira le professeur. Et cette richesse subit les plus criminels attaques, dégradations et pillages. Les pilleurs, principalement germanophones, nous arrivent via des organisations et des agences de voyages spécialisées dans le pillage et la vente d’antiquités volées.
Les organisations allemandes sont les mieux organisées et les plus dangereuses : «Nous en connaissons au moins trois», dira Jeremy Keenan. Pour indication, l’universitaire nous parlera de la publication scientifique qui a établi, après découverte de pièces archéologiques, que le bassin de l’Ahanet (nord-est de Tamanrasset) était en fait le fond d’un lac. Dès parution de l’article, «l’agence de voyages allemande Rolling Rover [spécialisée dans le pillage et la vente d’objets pillés] proposait la visite de l’Ahanet dans un circuit touristique», nous dit Keenan.
Le Tassili N’Ahanet n’est pas une destination touristique. Il n’est pas intégré dans les circuits classiques proposés par les agences touristiques.
Il en est de même pour la région de Tihouddaïne qui abrite un site riche en pièces archéologiques. Le site est signalé sur une carte datant des années 1950. «J’y suis passé dernièrement, dira le professeur, il ne restait plus aucune pièce. Tout a été volé, probablement en 1984.» Cette région, comme l’Ahanet, est hors de toute piste touristique. Le seul passage qui la traverse est une piste classée «noire» (dangereuse et interdite).
Les touristes disparus ont traversé cette région, dira une voyagiste de Tamanrasset présente lors de l’entretien.

Hassan Gherab

  Tribune-online.com (original) >>>
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