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Alger, le 7 juin 2003

 
  Paru dans Le Quotidien d'Oran, relayé sur le site le site du quotidien-oran.com  
  Le sous-secrétaire américain aux Affaires politiques à Alger : une visite d’amitié sur fond de rivalité  
 
 
  DLe sous-secrétaire aux Affaires politiques du département d’Etat américain, Marc Grossman, a effectué, jeudi dernier, une tournée maghrébine qui l’a conduit successivement à Rabat, Alger et Tunis. C’est la seconde visite du genre, en l’espace de six mois, que le diplomate américain effectue dans la région.

Durant son escale à Alger, il s’est entretenu avec le ministre algérien des Affaires étrangères, Abdelaziz Belkhadem. A l’ordre du jour des discussions figurent le renforcement des relations algéro-américaines et la lutte internationale contre le terrorisme. Hormis la présentation des grands axes, les deux hommes n’ont pas fourni d’éléments sur les conclusions de leur entretien, durant leur déclaration à la presse. Aucune référence, par ailleurs, n’a été faite à l’UMA, au Sahara Occidental ou au récent quintuple attentat de Casablanca. Le fait est plutôt rarissime lorsque l’on sait que l’on a en face un diplomate tel que Grossman.

Le sous-secrétaire aux Affaires politiques du département d’Etat américain est connu pour faire partie, dans l’Administration américaine, du camp des «pressés» pour ce qui se rapporte à l’intégration maghrébine. Lors de ses déplacements, nombreux, dans la région, Marc Grossman s’est souvent employé à convaincre les dirigeants maghrébins de la thèse selon laquelle le dépassement du statu quo dans la région peut trouver sa solution dans l’intégration. «Plus l’intégration est forte et plus il vous est aisé de résoudre vos problèmes. Cela qu’ils soient politiques ou économiques», avait-il déclaré, en novembre dernier, lors de sa visite à Alger.

Mais si la discrétion sur cette tournée maghrébine a été de rigueur, les crochets du diplomate américain à Rabat et à Tunis peuvent accréditer l’information selon laquelle Marc Grossman serait venu explorer, avec les dirigeants maghrébins, la possibilité de coordonner leurs efforts dans la lutte contre le terrorisme. Un travail qui, dit-on, est devenu nécessaire après les attentats de Casablanca et la décision du Maroc de prendre en charge, par la manière musclée, le problème de l’islamisme. Les risques de débordements de la situation au Maroc auraient conduit, à ce propos, un certain nombre de spécialistes à plaider en faveur de la création d’un espace maghrébin de sécurité, afin de rendre plus efficiente la lutte contre le terrorisme. A l’exception, donc, d’un «flash» sur «ce que les Etats-Unis considèrent comme des éléments positifs de la visite du président Bush à Charm El-Cheikh et Aqaba», Marc Grossman a consacré l’intégralité de ses propos à la presse «pour transmettre les condoléances des Etats-Unis à la suite du séisme du 21 mai et exprimer leur solidarité par des aides concrètes». Abdelaziz Belkhadem a concédé, néanmoins, que «ces entretiens ont porté sur les relations bilatérales dans les différents domaines de coopération, notamment les hydrocarbures, les investissements, la prochaine réunion des hommes d’affaires algériens et américains et la lutte contre le terrorisme»

Le fait le plus marquant de la prestation médiatique de Marc Grossman réside, d’ailleurs, dans le caractère politique mais, surtout, amical de sa déclaration, truffée de superlatifs, se rapportant aux relations bilatérales «très importantes» entre les deux pays. Une qualité qui fera dire au diplomate américain: «J’ai tenu à venir et transmettre personnellement nos condoléances à la suite du séisme du 21 mai qui a causé tellement de dommages ici en Algérie». Cela pour indiquer qu’au-delà de la raison économique, les relations algéro-américaines sont fondées sur l’amitié. Et que, par conséquent, l’Algérie peut compter sur les Etats-Unis dans les moments difficiles. «Les relations algéro-américaines sont importantes pour les Etats-Unis. Et je crois qu’elles le sont aussi pour l’Algérie. C’est pour cela que nous voulons qu’elles deviennent plus étroites en tout point de vue», a déclaré Marc Grossman. Réputé économe dans le discours, Marc Grossman, qui est arrivé à Alger «escorté» par trois avions cargo C130, du Commandement des forces américaines en Europe, chargés de tonnes d’aides au profit des sinistrés du séisme du 21 mai dernier, a réitéré, à de nombreuses reprises, l’engagement de son pays à continuer à aider l’Algérie pour affronter les conséquences du cataclysme. Comme la France, les Etats-Unis ne comptent également pas lésiner sur les moyens pour aider l’Algérie à effacer les séquelles du drame. Si le département d’Etat américain a assuré que les aides continueront à affluer, il a également promis de contribuer à la reconstruction des zones sinistrées. Outre l’apport matériel, Marc Grossman a, par ailleurs, clairement laissé entendre, dans ses déclarations, que le soutien américain ne se limitera pas à la conjoncture imposée par le séisme du 21 mai, mais qu’il sera durable.

Les Américains, qui sont les principaux concurrents de la France dans la région, ont assuré que «dans un effort continu, les Etats-Unis restent engagés à aider l’Algérie dans cette crise et plus généralement (...) soutiennent ses efforts pour ses réformes économiques, politiques et judiciaires et ainsi que son accession à l’OMC». Une déclaration immédiatement suivie d’une autre qui rappelle que le président Bush s’est également entretenu avec le président Bouteflika, en marge du sommet du G8 à Evian, et qui suggère que le chef d’Etat américain est aussi accessible que le président français. Autant d’éléments qui laissent penser que la visite de Marc Grossman, à Alger, marquera certainement un cran de plus dans la rivalité entre les Etats-Unis et la France au Maghreb et, particulièrement, en Algérie.

A son arrivée, jeudi à Alger, le sous-secrétaire aux Affaires politiques du département d’Etat, Marc Grossman, a accueilli trois avions en provenance du Commandement des forces américaines en Europe, transportant l’aide humanitaire destinée aux victimes du séisme du 21 mai dernier. Le total de l’aide américaine, envoyée à ce jour, a atteint l’équivalent de 1.42 million de dollars. Ceci est le cinquième chargement humanitaire envoyé par les Etats-Unis à l’Algérie. Les dons envoyés par les Etats-Unis sont composés de 1.800 tentes, de plus de 16.000 couvertures, de quatorze kits de médicaments, de 150 sacs de couchage, de 150 lits de camp, de trois équipements de purification d’eau, de trois caisses d’équipements électriques, de matériel d’hygiène et des cuisines de camp pour 1.000 personnes. Les dons proviennent, rappelle-t-on, du Bureau de l’assistance aux désastres à l’étranger (OFDA) et de l’Agence américaine au développement international.

Zine Cherfaoui

 
  Quotidien-oran.com (original) >>>  
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