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Gao, le 12 juin 2003

  Paru sur malilink
  Dans le nord du Mali, téléphones satellitaires au centre de tous les trafics
 
  Dans une rue de Gao (nord), à près de 1000 Km de la capitale malienne Bamako, une sonnerie retentit dans la poche d'un boubou délavé. L'homme répond. Un portable dans cette zone non couverte par les opérateurs maliens de téléphonie ? "Non, c'est un satellite, je me suis débrouillé pour l'avoir", répond l'interlocuteur.

Quelque 3 pour cent seulement des nombreux habitants du nord du Mali qui possèdent un tel appareil l'ont acheté à son coût réel, par des voies officielles et honnêtes. Les autres se sont "débrouillés", précise un spécialiste, le vocable "débrouillé" cachant un commerce plus ou moins illégal.

Ce type de téléphone coûte dans les régions de Gao, Tombouctou et Kidal, une ville située plus au nord, "environ 400.000 F.CFA" (610 euros), explique "Chérif", pourvoyeur de téléphones dans le nord du Mali. Visiblement un pseudonyme.

Les prix de ces appareils convoyés de Dubaï, d'Algérie ou d'ailleurs, sont imbattables. "Normalement, ils coûtent jusqu'à un million de FCFA", affirme un ancien fonctionnaire d'une ONG. Comment expliquer ce "miracle" ?

Selon des informations circulant dans la région, il semble qu'il y ait au moins deux filières d'approvisionnement. La première aurait pour base Dubaï, où des gens subtilisent les appareils et les bradent en Algérie, au Mali et au Niger, notamment. Une deuxième filière partirait d'Europe, des usines de fabrication, avec des complicités internes.

Refusant de confirmer ou d'infirmer ces pistes, "Chérif" lâche: "nous sommes dans une zone enclavée, alors les gens se débrouillent, ne cherchez pas trop à comprendre", avant d'indiquer une boutique du quartier "Mosquée Gao 5" où sont vendus ces téléphones.

Dans cette boutique, on vend des pièces détachées de véhicules. Le vendeur affirme qu'il ne vend pas de téléphones. Pieux mensonge. "C'est parce qu'il faut toujours passer par un initié. Ici, on ne sait jamais qui est qui", explique Ali Konaté, jeune diplômé au chômage.

Le nord du Mali, actuellement, "c'est 4X4 et téléphone satellite, la révolution" des quinze dernières années, résume un intellectuel de Kidal. "C'est juste, à bord d'un véhicule 4X4, un téléphone en main, vous faites beaucoup de choses", confirme son voisin de table.

Parmi ces "choses", il y a le trafic de cigarettes.

Dans cet immense désert, de longues files de véhicules chargés de cigarettes quitteraient l'Algérie pour approvisionner les pays voisins. "Ce sont des spécialistes. Ils connaissent le désert comme leur poche. Les vents de sable, la chaleur, rien ne les arrête", affirme un policier en service à Gao, en constatant que ces contrebandiers sont mieux équipés que la police.

Un jour, raconte-t-il, des contrebandiers ont été localisés entre Gao et Kidal. Mais, alors que les forces de sécurité maliennes cherchaient un moyen pour demander du renfort, les complices des contrebandiers les ont alertés par téléphone satellitaire. "Ils ont disparu dans la nature", poursuit le policier.

"Plus grave", déplore-t-il, ces contrebandiers "sont généralement armés". Parce que c'est un secret de polichinelle, dans le septentrion malien, les armes circulent.

"Avant, ici, dans le désert, tout se passait à dos de chameau et au sabre", commente Hama, un hôtelier de Gao. Aujourd'hui, "c'est plus sophistiqué".

Par M. H.

  malilink (original) >>>
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