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Kidal, le 17 aout 2003

  Paru sur algeria-interface
  Pour la désertique Kidal (Mali), la survie passe par l'Algérie    
 
  A Kidal, vaste région désertique de plusieurs milliers de kilomètres au nord-est du Mali, "aucune voiture ne circulerait sans l'Algérie voisine", assure à l'AFP Mohamed, natif de cette zone où il est aujourd'hui "homme d'affaires".  
"Inutile de passer par quatre chemins, notre région dépend quasi-totalement" de ce pays frontalier, déclare de son côté André Bicha, vice-président de la Chambre de commerce de la ville de Kidal, chef-lieu de région à 1.585 km de Bamako, la capitale malienne.  
M. Bicha, rencontré non loin du centre-ville de Kidal, finit à peine de parler que deux gros camions chargés de carburant, immatriculés en Algérie, s'arrêtent quelques dizaines de mètres plus loin.  
Trois hommes accourent, l'air heureux. Leur ville vient d'éviter la pénurie de gasoil qui la guettait.  
L'Algérie ne fournit pas seulement aux Kidalois du carburant, mais aussi "du lait, des pâtes alimentaires, des ustensiles de cuisine, des matelas, des tapis, du sucre, de la semoule, du savon", entre autres marchandises, énumère un habitant.  
Excepté le riz, un des rares produits locaux encore consommés par les populations, le principal marché de Kidal est inondé de denrées estampillées "Made in Algeria", constate le visiteur.  
Cependant, seule une partie de ces importations traverse la voie régulière du poste frontalier officiel, distant d'environ 200 km de Kidal-ville, expliquent d'autres habitants.  
Selon eux, tout le reste du trafic marchand passe par "des raccourcis", euphémisme local pour les filières de la fraude.  
"Au-delà de la frontière officielle, il y a au moins 39 points de passage non contrôlés" entre le Mali et l'Algérie, affirme un commerçant, surnommé "l'oiseau du désert".  
De la contrebande ? "Appelez ça comme vous voulez", répond un commerçant originaire d'Anéfis (sud-ouest de Kidal), à la tête d'une fortune bâtie grâce à la route Kidal-Alger.  
"Tout le monde ferme les yeux là-dessus, autrement il y aurait déjà de nouveaux des troubles ici", ajoute le négociant, faisant allusion à la rébellion armée ayant secoué les trois régions du septentrion malien (Kidal, Gao et Tombouctou) entre 1990 et 1996, pour revendiquer notamment la reconnaissance des besoins économiques de la zone.  
"Tout se passe sous (les) yeux" des douaniers de la région, confirme l'un d'eux. "Mais nous sommes obligés d'être cléments avec ces commerçants parce que sans la filière algérienne, il n'y aurait pas de vie ici", justifie-t-il.  
Pour un quinquagénaire du centre-ville, cette "économie informelle" s'est imposée d'elle-même aux habitants.  
Dernière née des régions économiques du Mali, Kidal est aussi l'une des moins peuplées. Environ 77.000 habitants, essentiellement des nomades, luttent pour leur survie sur une étendue de 260.000 km2, où les pluies sont irrégulières, rares, voire quasi-nulles, et l'agriculture presque impossible.  
Alors, pour "s'en sortir" financièrement, et faire vivre leur région, racontent les jeunes de Kidal, ils empruntent les chemins tortueux menant en Algérie. Par petits groupes. De nuit. Et ramènent plus que les dattes et le tabac, seuls produits officiellement autorisés d'exportation vers le Mali.  
Personne ne peut évaluer la volume financier de ce trafic "toléré" à Kidal, mais il pourrait s'élever à "plusieurs centaines de millions" de francs CFA par an, voire "des milliards" (plusieurs centaines de milliers à des millions d'euros), estiment certains.  
En 2001, le Mali a enregistré un déficit commercial global de 183,4 milliards de FCFA (près de 280 millions d'euros), d'après des sources économiques.  

  algeria-interface/AFP (original) >>>
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