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5 avril 2003

  relayé par le site www.lexpressiondz.com
  Contrebande de cigarettes :
le cartel qui défie la République
 
  Les centaines de milliards générés par la contrebande de cigarettes et autres trafics seraient une source de financement des réseaux terroristes dans le Sud.

La contrebande de cigarettes étrangères contrefaites, selon des sources sécuritaires, dans des unités de fabrication implantées au Niger, au Mali et en Mauritanie, continue de sévir dans le Grand Sud et ce, en dépit de la lutte implacable menée par les services de sécurité et plus particulièrement la gendarmerie nationale. Bien organisés, dotés d’importantes ressources financières et de moyens logistiques (moyens roulants adaptés a la nature du terrain) et de communications très sophistiquées (portables cellulaires et autres postes talkie-walkie), les réseaux parviennent à contourner la plupart des dispositifs d’interception et de surveillance.
Certaines sources sécuritaires indiquent que « le grand trafic est, en grande partie une source de financement aux groupes terroristes activant dans le Sud à l’image des groupuscules de l’émir Benmabrouk ». La même source affirme que « les groupes terroristes offrent leur protection aux réseaux moyennant, en contrepartie, des acheminements périodiques d’armes au profit des réseaux terroristes dans le Sud algérien ».
Généralement le carburant, le cheptel et autres denrées alimentaires servent de monnaie d’échange aux contrebandiers lors de leurs transactions avec les fournisseurs de cigarettes. A ce propos, les choix des contrefacteurs sont portés essentiellement sur Marlboro, Gauloises, Legend et Gold Seal. Ce juteux commerce est entretenu après l’arrêt des importations de cigarettes qui semble constituer un facteur d’accentuation du phénomène. Sur la base des données statistiques élaborées par la gendarmerie nationale, il est, aujourd’hui évident que certaines zones du Sud constituent les points privilégiés pour le transit des convois de cigarettes et autres denrées telles que la drogue. Il faut, néanmoins préciser que les quantités saisies ne représentent que le dixième voire le centième des quantités introduites et commercialisées dans les différentes villes du pays.
Si certains contrebandiers s’adonnent au troc, d’autres par contre, achètent les cigarettes auprès de leurs fournisseurs sur les lieux mêmes de la production au Niger et en Mauritanie à des prix ne dépassant pas la moitié du prix en magasin. Sur les quelques milliards de dinars (chiffre fictif au vu de l’impossibilité de cerner exhaustivement le marché de la contrebande), une grande partie est directement versées dans les caisses des groupes terroristes.
Ces sommes faramineuses, nous révèle notre source, « sont acheminées en partie vers des comptes à l’étranger et en partie vers les pays africains fournisseurs d’armes ». Ce commerce suscite l’inquiétude des forces de sécurité et pousse ces dernières à redoubler de vigilance. Le gouvernement, devant cette situation, devrait, relèvent certains observateurs, « penser à doter ces dernières de moyens adéquats leur permettant de mener à bien leur mission de répression du phénomène ».
A ce titre, il est plus qu’impératif, précisent-ils, « que les autorités pensent à munir les forces de l’ordre d’hélicoptères qui leur faciliteraient l’identification des mouvements et la neutralisation des auteurs à travers les quelques 5754 km que comptent nos frontières terrestres ».
Par ailleurs, dans les grandes villes, les pouvoirs publics devraient procéder à des contrôles stricts des revendeurs de cigarettes.
Des contrôles qui auraient pour effet de toucher du doigt les ramifications des cartels qui sévissent dans le Grand Sud et qui ne survivent que grâce aux petits et gros revendeurs dans les grandes villes.
La difficulté rencontrée par la gendarmerie dans sa lutte contre cet immense trafic illicite mais lucratif pour ses auteurs, réside dans la prudence des populations du Sud qui sont réticentes à collaborer. Or, l’exercice de la mission de répression est basé essentiellement sur le renseignement.

Un cartel organisé
Bénéficiant de la protection des groupes armés de Benmokhtar et mettant à profit leur parfaite connaissance du terrain, les trafiquants acheminent leurs cargaisons à bord de Toyota Station et autres véhicules adaptés. A partir des frontières sud du pays, la ville d’Adrar constitue la première étape de leur périple. Pour preuve, durant les deux premiers mois de cette année, la gendarmerie nationale a saisi 14.485 paquets de cigarettes représentant une valeur marchande de 1.158.800,00 de centimes. Des quantités importantes mais qui ne sont qu’une infime partie de celles qui arrivent à traverser les mailles des services de sécurité. El-Bayadh, Ghardaïa, Ouargla, El Oued constituent des villes de transit et de stockage des cargaisons, dans la perspective de les acheminer vers les villes du nord et éventuellement vers les pays frontaliers. Durant les deux mois de l’année en cours, 30728 cartouches de cigarettes ont été saisies par la gendarmerie et remises aux services des douanes. Une quantité représentant une valeur marchande de 24.582.400,00 centimes soit un peu moins de 2,5 milliards de centimes. A partir des frontières via les premiers points de transit, la marchandise contrefaite est livrée à des intermédiaires en cours de route en des endroits préalablement choisis en vue de son acheminement vers des points de relais plus au nord tels que Biskra et Laghouat. Dans certains cas ce sont les clients du nord qui se déplacent vers le sud pour s’approvisionner.
Différents véhicules sont utilisés pour l’acheminement des chargements de cigarettes. Des camions citernes (d’où l’odeur de fuel décelée par les consommateurs), des camions ou autres véhicules spacieux munis de caches soigneusement aménagées, servent de moyens d’acheminement. Dans les grands espaces désertiques (Erg occidental et oriental) certains commerçants utilisent les moyens naturels pour transporter leurs marchandises. Les chameaux sont les plus utilisés et parfois sont plus utiles que les véhicules motorisés. Dans le sillage de ce trafic qui est une forme de criminalité indissociable des autres composantes de la criminalité transnationale, les trafiquants touchent aussi bien les produits soutenus par l’Etat que les médicaments, les articles électroménagers, le cheptel et les carburants. Il va sans dire que cette activité illicite détourne les énergies et ressources d’activités en marge de la réglementation des impôts. A ce titre, le phénomène de la contrebande qui a pris des proportions aussi bien alarmantes qu’inquiétantes dans le Sud, fait subir des manques à gagner considérables aux impôts se chiffrant fictivement à des centaines de milliards de dinars annuellement.

Un trafic en constante évolution
Depuis 1996 la courbe d’évolution en constante ascension a atteint le pic de 356 521 cartouches de différentes marques saisies en 2002, par les éléments de la gendarmerie nationale. Cette quantité, bien qu’en deçà des grandes quantités qui « passent au travers des filets des barrages des forces de sécurité », représente une valeur très importante, soit la bagatelle d’un peu moins de 2,5 milliards de centimes. Selon les statistiques de la gendarmerie nationale, ce commerce a connu une hausse quantitative importante en une seule année. En effet et tenant compte des chiffres, l’année 2001 a enregistré des saisies inférieures à celles de 2002 soit 201 742 cartouches.
Comparativement à l’année 2002, l’année 2001 a enregistré 150.000 de moins. Les années précédentes, ces dernières ont enregistré des saisies bien plus inférieures prouvant ainsi la constante progression du phénomène. Le chiffre enregistré durant les deux premiers mois de l’année en cours confirme la progression du phénomène. Durant les mois de janvier et février, 30728 cartouches provenant du Niger, du Mali et de la Mauritanie ont été saisies par la gendarmerie nationale.
Au terme de ces deux mois, 108 affaires ont été constatées au terme desquelles 683 personnes ont été arrêtées. Parmi ces dernières, 75 personnes ont été écrouées, 563 autres mises en liberté provisoire. Parmi les wilayas les plus touchées par la contrebande, Béchar se classe en tête de liste avec 183.135 cartouches saisies depuis 1996. Avec 150 252 cartouches saisies, Ouargla occupe la seconde place suivie par Adrar avec 124.709 cartouches. Alger, dernière étape des contrebandiers, occupe une place importante dans le classement en enregistrant 56.351 cartouches saisies durant la période allant de 1996 a 2002. Globalement 1.055.198 cartouches ont été saisies durant la même période allant de 1996 à 2002 et représentant une valeur marchande de 844.158.400,00 dinars soit 84, 5 milliards de centimes. Il est plus qu’évident, selon des sources sécuritaires, que les quantités qui ont réussi à passer à travers les mailles du filet représentent dix fois plus. Ce qui revient à dire que des fortunes sont constituées par les commanditaires de ce trafic qui restent souvent dans l’anonymat.

D. MENTOURI
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